Portrait
Photo : Stéphane Sourintha
Yers Keller, 2010



       
  Le dernier jugementIlluminati..., huile sur toile   Il pensait avoir tourné la page et la Légion ferait désormais partie du passé. Jusqu’au jour où l’éditeur allemand Motorbuch-Verlag fait appel à ses sept années d’expérience au sein des troupes d’élites françaises. Action ! Yers dépoussière ses appareils photos, endosse le gilet de reporter et part à la rencontre de ses camarades. Quelques mois plus tard il sort son premier ouvrage : « La Légion des paras ». Ça plaît, on demande plus. La sortie d’un deuxième ouvrage ne se fait pas attendre : « La France des commandos » regroupe des unités légendaires de la défense nationale française.

Entre temps il ne chôme pas. L’association « Aventure du bout du monde » souhaite sa participation aux festivals des Globe-trotter's à Issy-les-Moulineaux. Yers expose ses aquarelles de voyage. Les éditions ASA s’intéressent à son travail. Thomas Renaut lui propose d’ouvrir la voie d’une nouvelle collection, celle des « peintres voyageurs ».

C’est une entreprise dont l’idée le fascine. Il produit, peint, écrit. Passionné par l’univers captivant de l’aquarelle, il fera de cet art son image de marque. Les premiers trois carnets publiés sont le résultat de cette fascination pour les « pages en voyage ». Les éditions Asa le pousse plus loin encore, le fait signer un contrat en vue d’une publication d’un livre d’aquarelle sur la ville de Paris. Yers n’en reste pas là, proposant à Thomas Renaut un ouvrage supplémentaire. C’est fois-ci sur la ville de Bordeaux et de ses environs. Mélange de croquis, d’annotations, d’anecdotes ses carnets illustrent ses villes à lui, loin du monumental, du touristique, du déjà-vu. Ainsi naît la collection « La France des villes », complétée par d’autres auteurs de talent.
 
 

Marche et rêve...

Yers Keller n’est pas né des charentaises aux pieds. Tour à tour prisonnier politique en Allemagne de l’Est, légionnaire parachutiste en Corse, peintre voyageur en Asie, photographe et aquarelliste dans les expéditions documentalistes, Yers n’a qu’une idée en tête : la volonté d’aller au-delà de ses rêves. Alors, qui dit rêve, dit liberté. Et être libre demande un effort d’imagination, parfois le prix élevé d’un sacrifice. Il payera chère cette aventure de vouloir passer incognito à l’Ouest. 17 mois de prison, travaux forcés jusqu’au moment où le régime de l’ex-RDA le laisse partir. C’était en 1986, trois années avant la chute du mur.

Arrivé dans le monde libre, Yers comprend vite que l’Ouest est le symbole de la liberté, certes, mais un symbole du faux bonheur, de la réussite sociale pataugeant dans l’anonymat. Il doit partir. En 1987, Yers Keller travers le pont de l’Europe, jette ses souvenirs de l’Allemagne dans le Rhin et s’engage dans la Légion étrangère. Un contrat de cinq ans minimum qu’il prolongera de deux années. Sept ans de vie en uniforme, de chants en marchant dans les montagnes de la Corse et sur le sable brûlant de l’Afrique. C’est l’aventure dans un milieu d’hommes sans passé où le lendemain peut toujours être un nouveau départ.

Il a 29 ans quand, en 1994, il abandonne la vie militaire pour enfin voler de ses propres ailes. Son projet : prendre la route en direction de Pékin aller/retour. Peindre, photographier et écrire. Durée du voyage : un an. Kodak et les laboratoires Pictorial l’encouragent moyennant des films et des développements gratuits...

 
Humain, trop humain...Humain, trop humain..., huile sur toile
 

Danse des bouffons...
Danse des bouffons..., huile sur toile

 

L’appel du Grand Sud le fait bouger une nouvelle fois. Le charme est au rendez-vous, mais l’époque des peintres venus s’installer au bord de la Méditerranée « vivant en communauté pour repeindre le monde » n’est plus qu’un lointain souvenir. Après un séjour de deux ans à Montpellier où il réalise un ouvrage sur la région du Languedoc-Roussillon, Yers s’installe en Touraine.

Son enthousiasme pour l’art prend une nouvelle dimension sous « la plume d’un Webdesigner », explorant les terres infiniment riches qu’incarnent les logiciels informatiques à la fois performants et intuitifs. Aujourd’hui, WEBECCO regroupe, canalise et transforme toute la panoplie du savoir-faire d’un artiste qui sait orchestrer les couleurs jusqu’à l’enivrement.

 

Yers voyage à travers quinze pays. Il observe, enregistre, assoiffé d’émotions et de sensations. L’Europe de l’Est, l’Asie centrale, l’Inde, la Chine. Une boucle gigantesque qui fermera certaines blessures tout en lui offrant une nouvelle perspective d’existence. Le parcours accompli, un choix définitif s’impose : celui de son futur lieu de travail. Leipzig, sa ville natale ? Ou Paris, la ville de ses rêves ? Yers optera pour la France, son pays d’adoption depuis qu’il s’est engagé dans la Légion. Il s’installe à Paris, la ville dont l’Histoire et le charme l’obsèdent.

Yers veut être peintre, vivre de sa passion d’aquarelliste voyageur, faire des reportages-photo. Il s’adapte, met son talent au service de plusieurs magazines. Le magazine Grands-Reportages lui consacre un article sur son voyage de Paris à Pékin. Les appels ne manquent pas. En 1997, le cinéaste et conférencier Maximilien Dauber l’engage dans un tournage de film documentaire qui se déroule dans l’Ennedi au Tchad. De nouveau l’aventure dans les contrées d’Afrique. Yers les connaît bien puisqu’il était dix ans auparavant en tant que légionnaire. Cette collaboration portera ses fruits, il participera à d’autres expéditions.

 

Epouvantails
Épouvantails..., huile sur toile